mercredi 11 novembre 2009

La fumeuse


C'était une femme qui fumait à volupté.
Quiconque a vu Leila glisser une cigarette entre les doigts, la renifler,d'un geste preste sous ses narines frémissantes,approcher le briquet du tabac, les prunelles brillantes, la nuque tendue, le visage dévoré par l'attente, ,les lèvres gonflées qui semblent chuchoter"tu vas voir,ma belle combien tu embaumeras dès que tu brûleras"sait ce qu'est d'avoir rendez-vous avec le plaisir.Etincelles.Grésillements.Même le papier gémissait de joie. Ensuite,Leila portait la cigarette à sa bouche, aspirait avec la rigueur d'un e musicienne, fermait les paupières, renversait la nuque et l'on avait l'impression que la cigarette la pénétrait; à cause d'une contraction, de quelques spasmes -sa poitrine se soulevait, ses épaules se livraient au canapé,ses genoux s'écartaient -on sentait que son corps entier appelait la fumée, l'accueillait, la buvait, consentant à son envahissement. Lorsqu'elle rouvrait les yeux, les cils papillonnants, l'iris imprécis, elle évoquait une favorite qui émerge, tremblante, surprise, le pourpre aux joues, d'une nuit d'amour avec le sultan; on aurait dit, l'espace d'une seconde, qu'elle craignait de ne pas s'être rhabillée. Puis la main qui tenait la cigarette passait devant la bouche, ses lèvres attiraient l'objet, le saisissaient,et la fumée émanait de sa gorge, de ses mains, de ses narines,souple , dolente, flâneuse, d'un blanc magnifique, qui contrastait avec la chair sombre dont elle s'échappait.
Ulysse from Bagdad
Eric-Emmanuel Schmitt
La fumeuse
Toile de Sylvie Poinsot

samedi 7 novembre 2009

Mea culpa,Fatma


Que dire?Par où commencer?Je me déteste, face à ta grandeur je me sens si petite. J'avoue que je me suis désolidarisée de toi par un acte abjecte,j'ai plié sous la pression,j'ai déclenché le plan "auto -préservation" dans un moment de doute...
Le blog que je tiens est essentiellement dédié à la lecture, à la poésie et à la peinture, mais cela ne m'avait pas empêché, quand il le fallait ou quand je le sentais d'évoquer les problèmes de notre société; la censure, la liberté d'expression,la répression...J'avais publié des billets"engagés",susceptibles de ne pas plaire à Ammar, des textes qualifiables d'insolence, et dans un geste de désespoir et de peur, je les ai tous supprimés!!En cliquant sur la touche"supprimer" tout en étant confortablement installée devant mon écran, alors que tu croupissais(et que tu croupis )encore au fond d'une cellule froide bien gardée, j'ai commis un crime!!
Je te demande pardon, toi, que j'ai connue à travers tes écrits, tes combats et aussi par le billet de quelques rares communications téléphoniques, je te demande pardon de t'avoir lâchée, lâchement!!
Tes combats sont les miens, mais toi , tu as su les défendre jusqu"au bout,alors que moi, je les ai reniés!!Là où tu es ,FATMA, je sais que ma voix ne te parvient pas, et que c'est la tienne qu'on essaie d'étouffer qui franchit les barreaux et qui arrive jusqu'à moi!!Tiens bon Fatma, tiens bon pour toi d'abord, et pour nous ,pour nous donner la force de continuer!!Dans mon affolement, dans la précipitation, dans ma résignation d'épouse et de mère de trois enfants, face à la machine terrible de répression, je ne me suis même pas souciée de garder une copie de ces billets,sauf un ou deux qui sont chers à mon coeur, et je te promets de les remettre en ligne, FATMA, je les republirai rien que pour toi, tout en espérant qu'un jour, un bloggeur tunisien pourra écrire ce qu'il pense sans avoir une épée de Damoclès au dessus de la tête

vendredi 6 novembre 2009

Solidaire


Si on laisse faire, si on l'oblige à se taire, personne ne parlera plus.!!
Si nous nous taisons, ELLE ne parlera plus!!
Les mots me manquent, ses mots me manquent,elle me manque!!

samedi 31 octobre 2009

Retour à Paris


J'errais à votre recherche en des lieux où je savais ne pas vous rencontrer. Je jouais à Pétrarque en quête d'une Laure improbable qui vendait des dessous dans quelque boutique d'un rose de dragée, grisée de parfums brassés, des N°5 avec des Shalimar, des Cabochard avec des Calèches, sur quoi surnageraient des odeurs de femmes, des effluves de sueur et d'aisselles négligées. J'entrais dans des cinémas pour voir des films aussitôt oubliés .Je marquai un temps d'arrêt devant la devanture de La Joie de Lire où naguère je n'aimais rien tant que farfouiller dans les bouquins et les plaquettes de vers,étalés sur les tables, ,alignés sur les étagères. Un jour , j'y avais déniché Les damnés de la terre. La guerre d'Algérie battait son plein. Les C.R.S assiégeaient la place Maubert. Sartre haranguait les étudiants à la Mutualité,où Mouloudji venait de chantait le déserteur. Boris Vian était mort d'avoir trop écumé les jours[....]
Bientôt, il fallut se rendre à l'évidence:Paris et moi avions changé depuis l'époque de Boul'Mich et du 115.Je n'étais plus ce jeune homme avide qui eût troqué un repas contre un livre. Quant à ma patrie -Le Quartier Latin- on y croisait désormais davantage de touristes japonais, caméras en bandoulière que d'étudiants désargentés. Mai 68 avait dynamité l'Université dont les éclats avaient essaimé aux quatre coins de la ville. Mais le bistrot tapi au pied de la Sorbonne, était demeuré tel que je l'avais laissé.
Ali Bécheur
Les rendez-vous manqués
Quartier Latin, aquarelle de Bruno Emile Laurent

samedi 17 octobre 2009

La voix


Ce sont des voix qui restent en dernier,tout comme c'est la voix souvent qui, comme un parfum, précède et annonce l'entrée physique de quelqu'un dans votre vie.

Jean Jacques Schuhl

Extrait d'Ingrid Caven
La voix.
Huile de Catherine Bougnon Siménoff

jeudi 15 octobre 2009

Fête de l'évacuation, la petite histoire dans la grande

Aujourd'hui , j'ai choisis de vous parler de mon père, pas du père que j'aime et à qui je dois tout dans la vie , mais de l'homme qui a écrit un tant soit peu , un page dans l'histoire de ce pays
Le 15 Octobre 1963, mon père , et deux autres pilotes de l'aviation militaire de la toute jeune armée Tunisienne atterrirent avec leurs trois avions tous neufs sur le tarmac de la base aérienne de Sidi Ahmed , à Bizerte, après que les tous derniers soldats Français l'aient quittée!!!
Je ne vous raconte pas l'émotion avec laquelle papa nous racontait ces évènements!! Il nous rapportât entre autre que du café encore fumant et des croissants tous chauds se trouvaient encore sur la table de la grande messe des officiers!! Ceci peut apparaître un peu anodin, mais pour moi , sa fille aînée, née à Bizerte quelques années plus tard,ce moment est HISTORIQUE!!

samedi 10 octobre 2009

Amour de livres




En rangeant la bibliothèque de Nounou, la benjamine, je suis tombée sur de vieux livres à moi!!
Quelle émotion,une submersion de souvenirs, un raz-de marée de réminiscences!! Mes tous premiers livres!!Écornés , jaunis,scotchés mais toujours là!! Je les prends dans mes mains avec précaution, les ouvre,les feuillette ,mon cœur bat la chamade;le film de mon enfance défile devant moi, les larmes me montent...Subjuguée d"émoi,troublée, la simple vue de ces livres me ramène à la genèse de cette passion qui m'a habitée dès mon plus jeune âge et qui ne me quitte plus!!Comtesse de Ségur,Victor Hugo,Alexandre Dumas...Ces livres, ce trésor prosaïquement posé sur cette étagère, ces reliques d'un autre âge ne sont en effet que les prémices de mon grand AMOUR pour la lecture , et je ne finirai jamais de remercier la personne qui m'avait inculqué cet amour en me mettant un jour , un livre entre les mains:Ma mère!!